Parce que les paroles de ceux que nous aimons ont un poids particulier
Une remarque blessante venant d’un inconnu peut être désagréable.
Mais lorsqu’elle vient d’un parent, d’un frère, d’une sœur ou d’une personne dont nous attendions de l’amour, elle peut avoir une tout autre importance.
« Tu ne feras jamais rien de ta vie. »
« Pourquoi tu n’es pas comme ton frère ? »
« Tu es toujours un problème. »
« Je regrette de t’avoir fait confiance. »
Certaines phrases sont prononcées sous le coup de la colère puis oubliées par celui qui les a dites.
Mais celui qui les reçoit peut les garder pendant des années.
Avec le temps, la voix de la personne qui nous a blessés peut même devenir notre propre voix intérieure.
Nous commençons alors à nous répéter :
« Je ne suis pas assez bien. »
« Je vais forcément échouer. »
« Personne ne restera avec moi. »
C’est ainsi qu’une parole prononcée en quelques secondes peut parfois continuer à influencer une vie bien après.
Le rejet familial touche souvent quelque chose de très profond
Nous pouvons accepter que tout le monde ne nous apprécie pas.
Mais être rejeté par sa propre famille est différent.
La famille représente normalement l’endroit où l’on espère être accueilli sans avoir constamment à prouver sa valeur.
Lorsqu’un enfant ou un jeune adulte se sent rejeté par un parent, ignoré ou toujours moins important qu’un autre, il peut commencer à chercher une explication en lui-même.
Il peut penser :
« Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? »
« Pourquoi est-ce qu’on ne m’aime pas comme les autres ? »
« Qu’est-ce que je dois faire pour enfin être accepté ? »
Cette recherche d’approbation peut ensuite continuer dans la vie adulte.
La personne peut devenir extrêmement sensible au rejet ou faire énormément d’efforts pour être aimée, parfois au détriment de ses propres limites.
Le favoritisme peut laisser des traces longtemps après l’enfance
Dans certaines familles, les enfants ne sont pas traités de la même manière.
L’un reçoit davantage d’attention.
Un autre est constamment félicité.
Un troisième devient celui à qui l’on reproche presque tout.
Même lorsque les parents ne pensent pas volontairement créer une différence, les enfants peuvent la ressentir très fortement.
Plus tard, cette situation peut provoquer de la rivalité entre frères et sœurs ou laisser à l’un d’eux l’impression de n’avoir jamais été suffisamment important.
Le problème n’est pas toujours matériel.
Deux enfants peuvent recevoir exactement les mêmes choses et pourtant ne pas ressentir le même amour.
Ce sont parfois les petites différences répétées qui restent : celui qu’on écoute, celui qu’on protège, celui qu’on croit immédiatement et celui à qui l’on demande toujours de se justifier.
Grandir ne fait pas automatiquement disparaître ce que l’on a vécu
Nous entendons parfois :
« C’était il y a longtemps, oublie ça. »
Mais le temps, à lui seul, ne règle pas toujours tout.
Une personne peut avoir 30, 40 ou 50 ans et ressentir encore quelque chose lorsqu’elle repense à une situation vécue à 10 ou 15 ans.
Ce n’est pas nécessairement parce qu’elle refuse d’avancer.
Certaines expériences restent présentes parce qu’elles ont profondément influencé la manière dont elle s’est construite.
Nous pouvons quitter une maison sans quitter immédiatement tout ce que nous y avons vécu.
Certaines blessures réapparaissent dans nos relations adultes
Il arrive que nous pensions avoir oublié une blessure jusqu’au jour où une situation ressemble, même légèrement, à ce que nous avons vécu autrefois.
Une personne qui a beaucoup souffert de l’abandon peut avoir particulièrement peur qu’un partenaire parte.
Une personne qui a grandi en étant constamment critiquée peut avoir beaucoup de mal à recevoir une remarque, même lorsqu’elle est constructive.
Une personne qui devait toujours mériter l’affection peut reproduire ce comportement dans ses relations et accepter beaucoup trop de choses simplement pour ne pas perdre l’autre.
Nous ne reproduisons pas forcément consciemment notre passé.
Mais certaines expériences peuvent influencer ce que nous tolérons, ce que nous craignons et ce que nous recherchons.
On peut aimer sa famille et reconnaître qu’elle nous a blessés
C’est parfois l’une des choses les plus difficiles à accepter.
Nous avons tendance à penser qu’il faut choisir entre aimer notre famille et reconnaître les souffrances qu’elle nous a causées.
Pourtant, les deux peuvent exister ensemble.
Nous pouvons aimer une mère tout en reconnaissant que certaines de ses paroles nous ont profondément blessés.
Nous pouvons aimer un père tout en regrettant son absence.
Nous pouvons aimer nos frères et sœurs tout en reconnaissant que certaines relations familiales ont été difficiles.
Reconnaître une blessure ne signifie pas forcément condamner toute une personne.
Cela signifie simplement ne plus nier ce que nous avons ressenti.
Les parents peuvent aussi transmettre leurs propres blessures
Les adultes qui élèvent des enfants ont eux-mêmes une histoire.
Certains ont grandi sans affection.
D’autres ont connu la pauvreté, la violence, l’abandon ou une éducation extrêmement dure.
Ils peuvent alors reproduire certaines attitudes sans toujours réaliser les conséquences qu’elles auront.
Un parent peut penser :
« On m’a élevé comme ça et je m’en suis sorti. »
Mais survivre à quelque chose ne signifie pas forcément que cette manière d’agir était bonne.
Comprendre que nos parents avaient leurs propres blessures peut parfois nous aider à mieux comprendre leur comportement.
Mais comprendre n’oblige pas à considérer que tout était acceptable.
Le silence familial peut entretenir la douleur
Dans certaines familles, il existe des sujets dont personne ne parle.
Tout le monde sait qu’un événement s’est produit, mais personne ne veut l’aborder.
On préfère dire :
« Ce sont des histoires de famille. »
« Ne remue pas le passé. »
« Il faut respecter les anciens. »
« Oublions tout ça. »
Le problème est que le silence ne fait pas nécessairement disparaître la blessure.
Il peut même créer une seconde souffrance : celle de ne jamais avoir pu exprimer ce que l’on ressentait.
Certaines personnes ne cherchent pas forcément des excuses parfaites.
Elles auraient simplement voulu entendre :
« Je reconnais que cela t’a fait du mal. »
Pardonner ne signifie pas forcément oublier
Le pardon est souvent présenté comme une obligation.
Mais pardonner ne signifie pas effacer ce qui s’est passé.
Cela ne signifie pas non plus que la relation doit redevenir exactement comme avant.
Une personne peut décider de ne plus vivre dans la colère tout en conservant certaines limites.
Elle peut également pardonner sans nier la gravité de ce qu’elle a vécu.
Et parfois, la personne qui nous a blessés ne reconnaîtra jamais sa responsabilité.
Dans ce cas, notre reconstruction ne peut pas toujours dépendre de ses excuses.
Guérir ne signifie pas effacer son histoire
Se reconstruire ne veut pas dire devenir une personne qui ne ressent plus rien lorsqu’elle pense au passé.
Cela peut simplement vouloir dire que ce passé ne contrôle plus toute notre vie.
Un souvenir peut rester triste sans déterminer toutes nos décisions.
Une parole peut rester douloureuse sans continuer à définir notre valeur.
Une relation familiale difficile peut faire partie de notre histoire sans devenir toute notre identité.
Cette reconstruction peut passer par le dialogue lorsque celui-ci est possible, par la mise en place de limites, par le soutien de personnes de confiance ou, lorsque la souffrance devient trop lourde, par un accompagnement professionnel adapté.
Nous pouvons arrêter de transmettre certaines blessures
L’une des choses les plus importantes consiste peut-être à se demander :
Qu’est-ce que je ne veux pas reproduire ?
Une personne qui a souffert du manque d’écoute peut décider d’écouter davantage ses propres enfants.
Une personne constamment comparée à ses frères et sœurs peut refuser de reproduire cette comparaison.
Une personne qui n’a jamais entendu « je suis fier de toi » peut apprendre à dire ces mots à ceux qu’elle aime.
Nous ne pouvons pas changer ce que nous avons vécu.
Mais nous pouvons parfois décider de ce que nous transmettrons à notre tour.
Certaines familles guérissent aussi
Parler des blessures familiales ne signifie pas que toutes les familles sont condamnées à rester dans le conflit.
Des relations peuvent évoluer.
Des parents peuvent reconnaître certaines erreurs.
Des enfants devenus adultes peuvent apprendre à parler autrement avec leurs parents.
Des frères et sœurs peuvent comprendre, des années plus tard, qu’ils ont eux-mêmes été victimes d’une dynamique familiale qui les opposait.
Tout ne peut pas toujours être réparé.
Mais parfois, une conversation sincère peut commencer quelque chose.
Ce que nos histoires nous rappellent
À travers les histoires racontées sur SP Stories, nous rencontrons régulièrement des personnages dont les décisions présentes sont liées à ce qu’ils ont vécu auparavant.
Cela nous rappelle quelque chose d’essentiel :
Nous ne connaissons pas toujours les blessures que les autres portent avec eux.
Derrière une personne très dure peut se cacher quelqu’un qui a appris très tôt à ne faire confiance à personne.
Derrière une personne qui cherche constamment l’approbation peut se cacher quelqu’un qui ne s’est jamais senti suffisamment aimé.
Derrière certaines réactions que nous ne comprenons pas immédiatement se trouve parfois une histoire familiale beaucoup plus ancienne.
Cela n’excuse pas tous les comportements.
Mais cela peut nous aider à regarder les autres avec davantage de compréhension.
Notre passé nous influence, mais il n’est pas obligé de décider de notre avenir
Certaines blessures familiales nous suivent pendant longtemps parce qu’elles ont touché une période importante de notre construction.
Mais porter une blessure aujourd’hui ne signifie pas devoir la porter de la même manière toute sa vie.
Nous pouvons apprendre à reconnaître ce qui nous a fait mal.
À comprendre certaines réactions.
À poser des limites.
À choisir des relations différentes.
À construire une famille ou un entourage dans lequel certaines choses ne seront plus reproduites.
Nous ne pouvons pas réécrire notre enfance ni modifier toutes les paroles qui ont été prononcées.
Mais nous pouvons décider progressivement de la place que nous laisserons à ces blessures dans notre vie actuelle.
Parce que parfois, guérir ne consiste pas à oublier son histoire.
Cela consiste à ne plus lui permettre d’écrire seule la suite.
Et vous, pensez-vous que certaines blessures familiales peuvent nous accompagner toute une vie ? Y a-t-il des paroles ou des situations que le temps n’a jamais complètement effacées ? Parlons-en dans les commentaires.

